Menteuse, alcoolo, va-de-la-gueule, hâbleuse, mal dans sa peau, vindicative, le personnage des chansons de Carmen Maria Vega n'est pas toujours fréquentable. Mais on cède dès le premier couplet à ses déclarations à l'emporte-pièce, à ses méchancetés jubilatoires, à ses impudeurs virulentes, à ses tendresses ébréchées. Depuis deux ou trois ans, son nom ne cesse de grandir dans les rubriques « à découvrir » et dans les conciliabules des professionnels : cette Carmen est un des personnages féminins les plus forts qui soit apparu depuis belle lurette dans la chanson française.
Entre chanson traditionnelle, fables punk, rock néo-réaliste et jazz, elle chante à la première personne des émotions musquées et des portraits acides dont on peine à croire qu'ils ressemblent vraiment à cette guatémalto-lyonnaise brune comme la nuit et lumineuse comme la lame de rasoir. « On se sert toujours de soi quand on est sur scène mais, bien sûr, je grossis le trait, rassure-t-elle. Je suis gueularde et très énergique aussi dans la vie mais je n'ai jamais pris d'antidépresseurs. »
Et, d'ailleurs, Carmen Maria Vega n'est pas seule à être Carmen Maria Vega. Son nom d'état-civil est aussi le nom d'un groupe : elle au chant, Max Lavegie à la guitare, à l'écriture et à la composition, Alain Arnaudet à la contrebasse et Toma Milteau à la batterie. « Depuis le début, on nous appelle « les Carmen », même quand on était un duo. » Il y a quatre ans, elle rencontre le guitariste Max, qui a été pendant plusieurs années ingénieur du son en Grande-Bretagne. Carmen et lui travaillent d'abord un répertoire jazz pour se produire dans les clubs locaux. « Nous étions très mauvais. Comment faire "My Funny Valentine" sans être nuls ? C'est alors que Max a écrit "La Menteuse."
La chanson, avec son swing jazz et son insolence dévastatrice, est un révélateur : Max lui développera un répertoire à ses couleurs. Et La Menteuse va lui servir d'étendard et de carte de visite. Le duo passe sur scène dans un lieu réputé « A Thou Bout D'Chant ». Carmen Maria Vega s'y présente pour son premier concert, avec trois chansons et pas mal de trac : cette seule prestation leur amène une dizaine de concerts. Il faut travailler dans l'urgence pour construire un répertoire et enchaîner les dates. L'enregistrement d'un album est sans cesse repoussé, le groupe se contentant de maxis à vendre lors des concerts, puisqu'ils ont toujours une actualité sur scène avec plus de deux cents dates grâce à leur tourneur F2F, et une kyrielle de récompenses : le Chantier des Francos, le Fair, le off du Printemps de Bourges, deux prix au festival Chorus des Hauts-de-Seine et les prix du public et du jury à « Alors Chante 2009 ! » de Montauban' ....