Manu CHAO
Spectacle
Rock
2009-09-12
 29 photos
« Y ahora qué ? » que fait-on maintenant ?, après vingt-cinq ans de chansons, six albums solo, et autant de tours du monde, son concert à la Fête était un événement. Plutôt qu’une démission, la Radiolina est un nouveau commencement. Accompagné des membres de son groupe Radio Bemba, Manu Chao s’est inventé un continent musical qui s’étend des rives de l’Amérique latine aux confins de l’Afrique, de l’Espagne et de l’Oklahoma rural de J. J. Cale. Un continent monde, où s’entrecroisent les instruments, les rythmes, les langues et les couleurs. « Mon univers a un côté patchwork qui ressemble un peu à ma vie », nous confiait l’auteur de Clandestino (1). Et pour son dernier album, Manu Chao se révèle compositeur orfèvre, maître chanteur exalté d’une petite troupe nomade. Aux côtés de la trompette sicilienne de Roy Paci et de la Gibson SG fiévreuse de Madjid Fahem, il brode une mosaïque de chansons inspirées de sa propre odyssée. Ici à Barcelone, avec le morceau Mala Fama, évoquant les rues labyrinthiques du Barrio Gotico où Manu Chao s’est installé depuis huit ans, puis à Quito, la capitale de l’Équateur à laquelle il rend hommage avec Mama Cuchara. À l’instar des icônes voyageurs de la beat - generation, il a parcouru toutes les terres, et rapporté de ses - errances des fragments de - musiques inconnues, « anonymes ». À presque cinquante ans, Manu Chao s’offre avec la Radiolina le dénouement d’une quête identitaire amorcée depuis les premiers albums de la Mano Negra. Une quête qui le mène aux États-Unis et au Canada à l’été 2007 pour une série de concerts, sur les traces de ses génies inspirateurs, Chuck Berry, Ray Charles et autres Fats Domino. Déjà en 2001, l’album Proxima Estacion : Esperanza témoignait d’une « réconciliation » des mémoires. En duo avec l’artiste kabyle Idir sur Denia, Manu Chao éveillait ses souvenirs algériens. Évoquant la figure de son aïeul, Thomas Ortega, un républicain espagnol qui a fui le franquisme pour se réfugier en Algérie, il chante cette « vie hantée de mensonges », « habitée de sentiments ». C’est à Paris, sa « Sibérie », qu’il revient en 2004 avec un album concept entièrement composé en français. Un essai plus mélancolique, traversé de ballades brumeuses et d’espoirs déchus. On pensait alors Manu Chao las, presque résigné. Puis vint la Radiolina, un album entièrement voué à la scène. Convoquant toute l’énergie fougueuse de la Mano Negra époque Patchanka, il orchestre une fanfare itinérante, mêlant des sonorités rock aux instrumentations latino et reggae. Et Manu Chao de reprendre sa route des scènes, de Buenos Aires à Caracas, en passant par Bamako. Depuis les premières tournées de la Mano Negra en Colombie, dont une aventure en cargo signera l’acte de décès du groupe, Manu Chao s’est investi en faveur des pays du Sud. « C’est ici qu’il faut être parce que tout paraît possible », affirme-t-il au sujet du Venezuela. En quelques années, le punk des squats de Boulogne-Billancourt, adorateur des Clash et de leurs vociférations anar s’est mué en maestro altermondialiste, chanteur du contre-sommet du G8 de Gênes en 2001. Après avoir fait « parler » le sous-commandant Marcos sur l’album Clandestino, il s’engage en faveur du mouvement zapatiste et condamne le « terrorisme d’État » à la suite d’une violente opération policière dans la banlieue de Mexico. Mais c’est surtout à l’échelle locale que s’épanouit l’action militante de Manu Chao. Il soutient le projet de radio alternative la Colifata, une radio entièrement animée par les patients d’un hôpital psychiatrique de Buenos Aires. « On y parle de la politique, de l’amour, de la mort, de la guerre en Irak, de Dieu. Il y a une vraie force dans leurs discours. Pour moi, ils sont devenus mes maîtres à penser », confie-t-il. Le ton évolue, mais l’engagement demeure, intact. source : http://www.humanite.fr